Thomas JORION
Photographe

La ligne oubliée

ligne oubliée ou petite ceinture

J’ai « découvert » la petite ceinture en 1997 alors que je cherchais un accès aux catacombes. A peine descendu sur ces voies, je fus aimanté, aspiré par une force irrésistible qui me guidait vers un territoire inconnu et incertain. Craintif mais exalté je m’enfonçais dans un tunnel et découvris une gare oubliée depuis un siècle. L’alignement de pylônes décorés et son quai désert formaient un îlot oublié au cœur de la ville.
Transporté dans un environnement pareil à nul autre, je découvris un Paris alternatif, composé de tunnels et de jardins sauvages. Il y avait là, des sections entières de ville oubliée à explorer. Des zones où le silence n’était interrompu que par l’apparition d’une nature solitaire ou par le frôlement de la ville grouillante et aveugle. Je passais des jours à visiter les gares délaissées, les portions de tunnels pénétrant les entrailles de la terre, les jardins dissimulés. Mes voyages dans le temps et dans l’espace se concentraient le long de cette ligne sans fin. Je fus marqué à jamais par cette expérience et par l’atmosphère de la belle endormie.

Je pensais visiter un espace en sursis, à la disparition imminente, englouti rapidement par la spéculation immobilière galopante. Mais il n’en fut rien. La petite ceinture se trouve toujours au milieu de nombreux intérêts divergents qui la laissent en sommeil. C’est le pire destin que l’on pouvait lui souhaiter. Sans projet d’ensemble elle est morcelée et perd de sa superbe. J’ai décidé de réaliser cette série photographique pour documenter cet espace au futur incertain, sensibiliser les Parisiens à sa protection et sauvegarder un peu du mystère qu’elle renferme.

J’ai photographié la petite ceinture dès 1996. Mais c’est à partir de 2009 en simultané de mon utilisation quasi exclusive de la chambre grand format que j’ai décidé de traiter formellement cette série.

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